Sunday, December 16, 2007

“[...] Mais comment expliquer alors que le journal ai pris une telle tournure poétique ? La réponse n’est pas difficile, c’est parce qu’il avait en propre une nature poétique qui n’était, si on veut, ni assez riche ni assez pauvre pour distinguer entre la poésie et la réalité. La nuance poétique était le surplus qu’il apportait lui-même. Ce surplus était la poésie dont il jouissait dans la situation poétique de la réalité, et qu’il reprenait sous forme de reflexion poétique. C’était la seconde jouissance et toute sa vie avait pour but la jouissance. D’abord il jouissait personnellement de l’esthétique, ensuite il jouissait esthétiquement de sa personnalité. Il jouissait donc égoïstement lui-même de ce que la réalité lui donnait aussi bien que de ce dont il avait fécondé la réalité; dans le second cas sa personnalité était émoussé et jouissait alors de la situation et d’elle-même dans la situation. Il avait toujours besoin, dans le premier cas, de la réalité comme occasion, comme élément; dans le second cas la réalité était noyée dans la poésie. Le résultat du premier stade est donc l’état d’âme d’où a surgit le journal comme résultat du second stade, ce mot ayant un sens quelque peu différent dans les deux cas. Grâce à l’équivoque où sa vie s’écoulait, il a ainsi toujours été sous une influence poétique.” [...]

Sören Kierkegaard - “Le journal du séducteur” - Prologue
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