Thursday, August 2, 2007

[...] “Il faut avoir passer par là pour bien renifler sa hantise… Qu’elle vous soye à travers les tripes, passé jusqu’au coeur…

Souvent j’en croise, à présent, des indignés qui ramènent… C’est des pauvres culs coincés… des petits potes, des râtés jouisseurs… C’est de la révolte d’enfifré… c’est pas payé, c’est gratuit… des vraies godilles…

Ca vient de nulle part… du Lycée peut-être.. C’est de la parlouille, c’est du vent. La vrai haine elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense.  Alors celle là qu’on en crève. Y en aura encore si profond qu’il en restera tout de même partout. Il en jutera sur le terre assez pour qu’elle empoisonne, qu’il pousse plus dessus que des vacheries, entre les morts, entre les hommes.

Chaque soir, en rentrant, ma daronne, elle me demandais si desfois j’avais pas reçu mon congé ?… Elle s’attendait toujours au pire. Pendant la soupe on en reparlait. C’était un sujet inépuisable. Si je la gagnerais jamais ma vie ?…

A force de causer comme ca, le pain sur la table, il me faisait un effet énorme. J’osais presque plus en demander. Je me dépêchais d’en finir. Ma mère aussi elle mangeait vite, mais je l’agaçais quand même : “Ferdinand ! Encore une fois ! Tu vois même pas ce que tu manges ! Tu avales tout çà sans mâcher ! Tu engloutis tout comme un chien ! Regarde-moi un peu ta mine ! T’es transparent ! T’es verdâtre !… Comment veux-tu que çà te profite ! On fait pour toi tout ce qu’on peut ! mais tu la gâches ta nourriture !”

Céline - extrait - “Mort à credit”

 

 

 

 

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