Monday, December 31, 2007

Il fallait frapper fort… mais j’avais pas assez de poigne…

ou

“palingénésie” comme disait Hank

il est là. tout tassé par la pile de livres. il a l’air lourd malgrès le peu de pages qu’il contient. je sens tout son poids. le papier doit être différent des nouveaux, bon marché. mais les pages ne sont pas tout fait jaunies. j’ouvre. 22, 51, 37, 12. voilà ce qui est écrit au crayon gris sur la première page, sous d’autres chiffres gaumés. quelle importance avait pu avoir ces chiffres pour moi ? une liste de dépenses ? des moyennes ? de quoi ? des résultats sportifs ? peu importe. et même si tout était bien fini avant même d’avoir commencé à cette époque, je me rappelle simplement l’importance d’avoir écrit ces chiffres ici, je pourrais vous dater l’évenement à une semaine près. car ceci coïncide avec l’angoisse de son achat. une bonne periode et une mauvaise à la fois. je pataugeais, je traînais dans les amphis de droit en compagnie d’oisillons tous aussi frais les uns que les autres, nobles et roturiers, de belles bêtes, bien chéries, mais en ce jour, prêtent à cavaler sur les champs de course. on leur mirait la ligne d’arrivée, là-bas, au loin. tous des Amstrongs. moi, je préférais le paddock. je les regardaient comme des curiosités. j’appréciais leurs aptitudes, tout recroqueviller sur moi que j’étais et mon habitat intérieur. aucun style à l’époque. je portais juste un chiffon sur mon dos, pas encore froissé. puis un jour, j’ai rencontré (comme tout le monde d’ailleurs) ce mec de Calédonie. c’était le type beau parleur. il s’y conaissait en parlouille. un as qu’on disait. même si comme moi, il ne baisait pas des masses. à la différence que je l’ouvrais pas pour un clou pour ma part. mais je le suivis. il habitait en dehors de la ville. dans une technopôle même. entre les logiciels de comptabilités et les biochimistes. fallait passer un golf. s’arrêter à un stop, pour éviter de se prendre une balle en plein pare-brise. il faisait pousser sa maryjane, de la bonne qui disait, toute droite venue de chez les canaques. j’ai pas goûté. je voyais se profiler ses manières. j’arpentais la pièce comme un zombie. il m’a servit un rhum et on est partis faire les achats de noël. c’est là que je suis tombé dessus. Charles Bukowski, “Journal d’un vieux dégueulasse”. tiens ! je me rappelle avoir pensé, celui a qui Gainsbar à tout piqué (ce n’est pas vrai evidemment, mais on me l’avait présenté à la va-vite comme tel à l’époque).

Je lis :

“il y avait un fils de pute qui ne voulait pas les lâcher, tandis que les autres gueulaient qu’ils étaient raides, la partie de poker était terminée, j’étais sur ma chaise avec mon pote Elf à mes côtés, en voilà un qui a mal démarré dans l’existence, enfant il était tout malingre, des années durant il a dû garder le lit passant le plus clair de son temps à malaxer des balles en caoutchouc, le genre de rééducation complètement absurde, et quand, un jour, il a émergé de son pieu, il était aussi large que haut, une masse musculeuse rigolarde qui n’avait qu’un but : devenir écrivain, hélas pour lui son style ressemble trop à celui de Thomas Wolfe qui est, si on excepte Dreiser, le plus mauvais écrivain américain de tous les temps, moyennant quoi j’ai tapé Elf derrière l’oreille, si fort que la bouteille m’a échappé (il avait dit quelquechose qui m’a déplu), mais quand il s’est redressé, j’ai récupéré la bouteille, du bon scotch, et je lui en ai remis un coup quelque part entre la mâchoire et la pomme d’Adam, de nouveau il a mangé la table, je dominais le monde, moi l’émule de Dostoïevski qui écoute Mahler à la nuit tombée, de sorte que j’ai eu le temp de m’en jeter un à même le goulot, de reposer la bouteille, avant de lancer ma droite pour le sécher de la gauche juste en dessous de la ceinture, pour le coup il s’est lourdement affaissé contre la commode le miroir brisé, un bruit de cinéma, éclair et fracas, sauf que tout de suite après Elf m’a allongé un foudroyant uppercut dans le front et j’ai dégringolé de ma chaise, laquelle n’était pas plus solide qu’un fétu de paille, du mobilier de fauché, j’ajoute qu’une fois à terre j’été particulièrement nul - je moulinais dans le vide, sans doute parce que je ne suis pas doué à la bagarre, l’aurais-je d’ailleur été qu’il ne serait pas revenu à la charge -, toujours est-il que pour un coup de poing il m’en rendait trois, guère meilleurs que les miens mais enfin, en sorte qu’au lieu de sarrêter il a forcé la note, et le reste des meubles à bruyamment rendu l’âme, longtemps pourtant j’ai conservé l’espoir que quelqu’un - la propriétaire, la police, Dieu, n’importe qui - arrêterait ce jeu de massacre, mais pas du tout, çà à continué, continué, jusqu’à ce que je ferme les yeux. [...]“

…quand au calodénien, maintenant, il habite Montmarte avec une de ses conquêtes. j’en sais pas plus.

Posted by M. in 01:07:01 | Permalink | No Comments »