Saturday, November 24, 2007

ASSEZ AVEC L’ORIENT ET L’OCCIDENT

QUERELLES DE BAC A SABLE


« Il a été dit une fois - quoique dans un sens purement dynastique, que l’histoire n’a pas encore ratifié - que “les Pyrénées n’existent plus” ! Il reste à la civilisation occidentale de dire, véritablement, d’un point de vue humain et non dynastique : “Nous en avons fini avec l’Himalaya “ » (E&W, p. 487).

Ce que veut enfin savoir Reclus, c’est pour quelles raisons - d’abord intrinsèques, venant de l’intérieur, du lieu lui-même - la civilisation orientale a décliné au profit de la civilisation occidentale. Fidèle à sa dialectique de milieu-espace et de milieu-temps qu’il exposera avec brio dans la préface de L’Homme et la Terre, il analyse diachroniquement et synchroniquement les espaces concernés.

Selon lui, les causes principales du retard pris par l’Orient sur l’Occident, manifesté par la puissance technologique, économique et politique de celui-ci, sont au nombre de trois : l’immensité de son débouché océanique vers l’est, qui amène les sociétés orientales à tourner en rond ou à se perdre, tandis que l’Occident passe l’Atlantique (E&W, p. 483-484) ; le caractère centrifuges des axes développement, en particulier le long des fleuves qui ne se rejoignent pas, d’où l’absence d’une unité politique précoce, forte et stable, malgré quelques épisodes, d’où l’émiettement des bassins de civilisations (Indus, Gange, Fleuve jaune…) ; l’absence d’un “centre géographique commun” (p. 485), notion qui se distingue en réalité du pivot selon Mackinder, absence renforcée par l’existence, en plusieurs points, de barrières de séparation, notamment là où devrait être le centre (du Bélouchistan au Tibet). Au contraire, à l’Ouest, les veines de civilisation « au lieu de diverger dans un angle obtus, tendent l’une vers l’autre, toutes convergeant uniformément vers le bassin de la Méditerranée hellénique » (E&W, p. 485).

Même si Reclus constate le déplacement vers l’Europe occidentale et septentrionale du “centre de gravité” de la civilisation européenne, le cadre général reste tracé (E&W, p. 486). « Le domaine sans cesse croissant de l’ascendance européenne finit par embrasser le monde entier », jusqu’au… Japon, situé de l’autre côté.

 Elisée Reclus
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