[...]
C’est toujours elle qui me relançait, qui voulait que je conversationne : “Good Morning Ferdinand ! Hello ! Good Morning !”… J’étais dans la confusion. Elle faisait des mimmiques si mignonnes… J’ai faillit tomber bien des fois. Mais je me repiquais alors dare-dare… Je me faisais revenir subitement les choses que j’avais que j’avais sur la pomme… Je revoyais la tête de Lavelongue, à Gorloge, mélimélo !… J’avais un choix pour dégueler ! la mère Méhon !… Cakya-Mouni !… J’avais qu’à me laisser renifler, javais le nez toujours dans la merde ! Je me répondais par l’intérieur… “Parle toujours, parle encore dis ma langouste ! C’est pas toi qui me fera tiquer… Tu peux te fendre toute la musette… Faire des sourires comme douze grenouilles ! Je passerai pas !… Je suis bien gercé, je garantis, j’ai la colonne qui déborde”… Je repensais à mon bon papa… à ses entourloupes, ses salades… à tous les bourres qui m’attendaient, aux turbins qu’étaient à la traîne, à tous les fientes des clients, tous les haricots, les nouilles, les livraisons… à tous les patrons ! aux dérouilles que j’avais poirées ! Au Passage !… Toutes les envies de la gaudriole me refoulaient pile jusqu’au trognon… Je m’en convulsais, moi, des souvenir ! Je m’en écorchais le trou du cul !… Je m’en arrachais des peaux entières tellement j’avais la furie… J’avais la marge en compote. Elle m’affûterait pas la gironde ! Bonne et mirifique c’était possible… Qu’elle serait encore bien plus radieuse et splendide cent dix milles fois, j’y ferais pas le moindre gringue ! pas une saucisse ! pas un soupir ! Qu’elle me trancherait toute la conasse, qu’elle se la mettrait tout en lanières, pour me plaire, qu’elle se le roulerait autour du cou, comme des serpentins fragiles, qu’elle se couperait trois doigts de la main pour me les filer dans l’oignon, qu’elle s’achèterais une moule tout en or ! J’y causerais pas ! jamais quand même !… Pas la moindre bise… C’était du bourre ! c’était pareil ! Et voilà ! J’aimais encore mieux fixer son daron, le dévisager davantage… çà m’empêcher de divaguer !… Je faisais des comparaisons… Y avait du navet dans sa viande… Un petit sang vert et frelaté… Y avait de la carotte aussi à cause des poils tout en vrilles barrant des oreilles et en bas des joues… Qu’est-ce qu’il avait pu lui faire pour la tomber la jolie ?… C’était sûrement par la richesse… C’était une erreur alors ?… Maintenant aussi faut se rendre compte, les femmes c’est toujours pressé. Cà pousse sur n’importe quoi… N’importe qu’elle ordure leur est bonne… C’est tout à fait comme les fleurs… Aux plus belles le plus puant fumier !… La saison dure pas si longtemps ! Gi ! Et puis comment çà ment toujours ! J’en avais des exemples terribles ! Ca n’arrête jamais ! C’est leur parfum ! C’est la vie !… [...]
C’est toujours elle qui me relançait, qui voulait que je conversationne : “Good Morning Ferdinand ! Hello ! Good Morning !”… J’étais dans la confusion. Elle faisait des mimmiques si mignonnes… J’ai faillit tomber bien des fois. Mais je me repiquais alors dare-dare… Je me faisais revenir subitement les choses que j’avais que j’avais sur la pomme… Je revoyais la tête de Lavelongue, à Gorloge, mélimélo !… J’avais un choix pour dégueler ! la mère Méhon !… Cakya-Mouni !… J’avais qu’à me laisser renifler, javais le nez toujours dans la merde ! Je me répondais par l’intérieur… “Parle toujours, parle encore dis ma langouste ! C’est pas toi qui me fera tiquer… Tu peux te fendre toute la musette… Faire des sourires comme douze grenouilles ! Je passerai pas !… Je suis bien gercé, je garantis, j’ai la colonne qui déborde”… Je repensais à mon bon papa… à ses entourloupes, ses salades… à tous les bourres qui m’attendaient, aux turbins qu’étaient à la traîne, à tous les fientes des clients, tous les haricots, les nouilles, les livraisons… à tous les patrons ! aux dérouilles que j’avais poirées ! Au Passage !… Toutes les envies de la gaudriole me refoulaient pile jusqu’au trognon… Je m’en convulsais, moi, des souvenir ! Je m’en écorchais le trou du cul !… Je m’en arrachais des peaux entières tellement j’avais la furie… J’avais la marge en compote. Elle m’affûterait pas la gironde ! Bonne et mirifique c’était possible… Qu’elle serait encore bien plus radieuse et splendide cent dix milles fois, j’y ferais pas le moindre gringue ! pas une saucisse ! pas un soupir ! Qu’elle me trancherait toute la conasse, qu’elle se la mettrait tout en lanières, pour me plaire, qu’elle se le roulerait autour du cou, comme des serpentins fragiles, qu’elle se couperait trois doigts de la main pour me les filer dans l’oignon, qu’elle s’achèterais une moule tout en or ! J’y causerais pas ! jamais quand même !… Pas la moindre bise… C’était du bourre ! c’était pareil ! Et voilà ! J’aimais encore mieux fixer son daron, le dévisager davantage… çà m’empêcher de divaguer !… Je faisais des comparaisons… Y avait du navet dans sa viande… Un petit sang vert et frelaté… Y avait de la carotte aussi à cause des poils tout en vrilles barrant des oreilles et en bas des joues… Qu’est-ce qu’il avait pu lui faire pour la tomber la jolie ?… C’était sûrement par la richesse… C’était une erreur alors ?… Maintenant aussi faut se rendre compte, les femmes c’est toujours pressé. Cà pousse sur n’importe quoi… N’importe qu’elle ordure leur est bonne… C’est tout à fait comme les fleurs… Aux plus belles le plus puant fumier !… La saison dure pas si longtemps ! Gi ! Et puis comment çà ment toujours ! J’en avais des exemples terribles ! Ca n’arrête jamais ! C’est leur parfum ! C’est la vie !… [...]
Céline - “Mort à crédit” - extrait