Les fous croyaient à leur vertu, au-delà de la terre. Ils sont morts en nobles conquérants. De bien étrange courageux que l’habitude a terrassé. Les édifices étaient solides, la pensée bien arimée à une apparente intellection, le coeur remplis de courtoisie pour qui partageait leur vertu. La volonté solennelle de justice, d’évolution humaine a épuisé leurs ambitions, rendu leurs discours froids et livides. Je le dis comme beaucoup l’ont dit… la vanité ne parle pas sans fin… non… elle est encrée bien profondemment dans notre “moi”… et je crois qu’il faut la travailler. J’entends comprendre ses différents états pour ne pas tout y ramener sans cesse.
Et puis, la vanité est-elle le sel de la vie comme Jules Renard le disait ? Notre rapport au monde en dépend.
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“La vanité est une ambition toute personnelle ; ce n’est pas pour ses qualités réelles, ses mérites et ses actions, que l’on veut être estimé, honoré et recherché, mais pour soi-même ; aussi, la vanité convient-elle surtout à la beauté frivole.” -
Goethe
[...] Jadis tu avais des passions et tu les appelais mauvaises. Mais maintenant tu ne possèdes plus que tes vertus et tes joies. Et que tu sois de l’espèce des colériques ou de celle des jouisseurs ou des fanatiques de la foi ou de celle des rancuniers : A la fin toutes tes passions sont devenues des vertus et tous tes démons des anges. [...]
Nietzsche
Ainsi donc mon coeur abattu
Cède au poids de ses maux ? Non, non.
Puissé-je vivre !
Ma vie importe à la vertu.
Car l’honnête homme enfin, victime de l’outrage,
Dans les cachots, près du cercueil,
Relève plus altier son front et son langage,
Brillants d’un généreux orgueil.
S’il est écrit aux cieux que jamais une épée
N’étincellera dans mes mains ;
Dans l’encre et l’amertume une autre arme trempée
Peut encore servir les humains.
Justice, Vérité, si ma main, si ma bouche,
Si mes pensers les plus secrets
Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche,
Sauvez-moi. Conservez un bras
Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge.
Mourir sans vider mon carquois !
Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange
Ces bourreaux barbouilleurs de lois !
Ces vers cadavéreux de la France asservie,
Égorgée ! Ô mon cher trésor,
Ô ma plume ! fiel, bile, horreur, Dieux de ma vie !
Par vous seuls je respire encor :
Comme la poix brûlante agitée en ses veines
Ressuscite un flambeau mourant,
Je souffre ; mais je vis. Par vous, loin de mes peines,
D’espérance un vaste torrent
Me transporte. Sans vous, comme un poison livide,
L’invisible dent du chagrin,
Mes amis opprimés, du menteur homicide
Les succès, le sceptre d’airain ;
Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine,
L’opprobre de subir sa loi,
Et si les infâmes progrès,
Si la risée atroce, ou, plus atroce injure,
L’encens de hideux scélérats
Ont pénétré vos coeurs d’une longue blessure ;
Tout eût tari ma vie ; ou contre ma poitrine
Dirigé mon poignard. Mais quoi !
Nul ne resterait donc pour attendrir l’histoire
Sur tant de justes massacrés ?
Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire,
Pour que des brigands abhorrés
Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance,
Pour descendre jusqu’aux enfers
Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance
Déjà levé sur ces pervers ?
Pour cracher sur leurs noms,
pour chanter leur supplice ?
Allons, étouffe tes clameurs ;
Souffre, à coeur gros de haine, affamé de justice.
Toi, Vertu, pleure si je meurs.
André Chénier