Wednesday, May 16, 2007

Tous les sommeils des victimes

Toutes les tempêtes sonores

N’auront pas le dernier mot

Car elles dévisagent le plus souvent

Hallucinées par leurs lumières

Redessinées par la modernité

La chance toujours ignorante

Comme un fossé si profond

Comme un lien entre ces hommes

Renduent aux impossibles choix

Fatale loi du ressentiment

Ancestrale et obstinée

Ce n’est pas la vie heuresement

Oui heureusement ma tristesse

Tu es si belle ce soir

Mon corps semble le nier

Il s’en faut toujours de peu

Le passage était sombre

Mais la nuit était ouverte

Heureux dénoument

 

 

“Nuit” - Léon Spilliaert

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Tuesday, May 15, 2007

“[...] “La courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée” n’appartient à personne, pas même à celui qui la formule. Pour le poète, le monde, le sang et la pensée ne font qu’un. Etre dans la pensée, c’est saigner dans le monde. Pour Breton qui a merveilleusement souligné que Lautréamont et Rimbaud “se sont montrés l’un et l’autre d’implacables théoriciens” la poésie doit non seulement être faite par tous, mais partout, en toutes circonstances, et sans jamais aucune exeption. Si la poèsie s’arrêtait quelque part, s’il y avait une frontière à partir de laquelle on cesserait de vivre la poèsie, le poète cesserait du même coup d’exister, et le suicide serait vraiement l’unique solution. Tant que la pensée est là, tant qu’elle peut se lancer dans une possibilité dont la fin ne sera jamais déterminée à l’avance, tant que l’écriture automatique peut se faire entendre, fût-ce dans un étrange article de journal, fût-ce dans une conversation chuchotée à l’aube avec une femme, fût-ce sur le revers blanc d’un paquet de cigarettes, fût-ce même en prison, tant que la chance est là, béante, tant que l’infortune et la fortune sont en balance, la poèsie reste la seule énergie qui puisse permettre à l’homme de ne pas considérer l’abscence d’amour comme un mal intolérable. Dans les circonstances les plus angoissantes, les plus avilissantes qu’un poète peut traverser, il y a le hasard, il y a la chance, il y a cet entrecroisement formidable de la nécessité naturelle et de la nécessité individuelle, et c’est précisément au lieu de cette intersection, lieu mental, lieu physique, que se poste le combattant de la Commune de l’esprit dont je parle. [...] “

(Préface de Clair de Terre d’André Breton)

~

“Pendant trente mois, j’ai vécu entre deux langues, comme dans un vide linguistique intersidéral. Les choses, les gens qui m’entouraient, les objets, les fleurs, les arbres m’apparaissaient pour la première fois dans leur illisible vérité, dépouillés de toute espèce d’étiquetage verbal. L’état mental ainsi provoqué n’exigeait même plus d’expression écrite. Le silence, le rire sont devenus ma seule boussole.”

(Eros déraciné)

Alain Jouffroy

 

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Wednesday, May 9, 2007

 

Ces cris stridents déchirent le plafond des rumeurs

J’ai voulu bien trop les silences des petites filles

Et je ne crois pas qu’elles trouvent mon coeur

Si bien que j’arrose les alentours sans trop prétendre

Les forces d’un reveil bien annoncé au-delà des herbes molles

La ville, oui, la ville folle résonnent encore, je la sent

Comme nos pas sur le sol, un éphéméride du bonheur

Je ne crains pas les caniveaux, je les tiens ensemble

Les contemplant comme des frères, jalouse compagnie

Accords, désaccords, moteur de mon existence, tremble

Je vois au-loin les repos visionnaires de nos musiques

Bon endroit, mauvais moment, qu’importe

Ouvre mes bras, livre mes paroles, renis-les, essence ! 

 

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Thursday, May 3, 2007

Note inutile : J’ai décidé de livrer, deci-delà, à ma discrétion et le plus souvent possible maintenant, quelques textes de Nietzsche. Je ne précise pas qu’il est inutile d’en faire des exemples à caractères généraux et que la pertinence des textes est tout bonnement relative à mes choix. Pour ceux qui ne le savent pas encore, on pioche chez Nietzsche, rien n’est figé, ses lecteurs le savent bien… et vous verrez que souvent, comme le peintre impressioniste à l’art de surprendre à la toute fin de ses toiles, que Nietzsche vous donnera presque inconsciemment, au fur et à mesure que vous lirez ses métaphores, peut-être, les clefs qu’il vous manque.


Courtes habitudes. - J’aime les courtes habitudes et je les tiens pour des moyens inappréciables d’apprendre à connaître beaucoup de choses et des conditions variées, jusqu’au fond de leur douceur et de leur amertume; ma nature est entièrement organisée pour les courtes habitu­des, même dans les besoins de sa santé physique, et, en général, aussi loin que je puis voir : du plus bas au plus haut. Toujours je crois que ceci me satisfera d’une façon durable - la courte habitude, elle aussi, a cette foi de la passion, cette foi en l’éternité - je crois être enviable de l’avoir trouvé et reconnu : - et maintenant je m’en nourris; le soir comme le matin, un doux contentement m’entoure et me pénètre, en sorte que je n’ai pas envie d’autre chose, sans avoir besoin de comparer, de mépriser ou de haïr. Et un jour c’en est fait, la courte habitude a eu son temps : la bonne cause prend congé de moi, non pas comme quelque chose qui m’inspire maintenant du dégoût - mais paisiblement, rassasiée de moi, comme moi d’elle, et comme si nous devions être reconnaissants l’un à l’autre, nous serrant ainsi la main en guise d’adieu. Et déjà quelque chose de nouveau attend à la porte, comme aussi ma foi - l’indestructible folle, l’indestructible sages­se! - ma foi en cette chose nouvelle qui, maintenant, serait la vraie, la dernière vraie. Il en est ainsi pour moi des mets, des idées, des hommes, des villes, des poèmes, des musiques, des doctrines, des ordres du jour, des usages de la vie. - Par contre je hais les habitudes durables et je crois qu’un tyran s’est approché de moi, que mon atmosphère vitale s’est épaissie, dès que les événements tournent de façon à ce que des habitudes durables semblent nécessairement en sortir : par exemple par une fonction sociale, par la fréquentation constante des mêmes hommes, par une résidence fixe, par une espèce définie de santé. Au fond de mon âme j’éprouve même de la reconnaissance pour toute ma misère physi­que et ma maladie et tout ce que je puis avoir d’imparfait - puisque tout cela me laisse cent échappées par où je puis me dérober aux habitudes durables. - Pourtant ce qu’il y aurait de tout à fait insupportable, de véritable­ment terrible, ce serait une vie entièrement dépourvue d’habitudes, une vie qui exigerait sans cesse l’improvisa­tion : - ce serait pour moi l’exil, ma Sibérie.

Nietzsche - “Le Gai Savoir”

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Wednesday, May 2, 2007

Autrefois cette vie

Autrefois toujours

 

“Il m’arrive d’éviter les mots comme les choses. Elles semblent venir à moi de tout leurs corps, de toute leurs masses. Mais les choses avant d’être ce qu’elles sont, sont idées. Et c’est par ces idées que je déplore mon existence. Je la déplore car je ne la comprends pas, ou plutôt je ne veux pas faire l’effort d’admettre l’utilité de ma vaine compréhension. Le problème étant que nous voulons tous être dans les choses avant de les vivrent. Ainsi l’on patauge en espérant trouver une quelconque experience, la fameuse, celle qui nous rapprochera de la vie, de là où elle se trouve. Mais si l’experience est cette vie elle même, c’est donc en cherchant l’expérience que l’on se place en dehors d’elle. Apprendre ne s’apprend pas. Vouloir acquérir ce que nous nommons vainement expérience par vagues successives d’acquis de conscience, diminue ainsi les forces vives, et remet à autrefois toutes les vies et toutes les morts d’un homme.”

 

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