Le vieux con
Je m’en souviens comme si c’était hier. Le vieux con m’avait dit : “Lis çà mon p’tit. C’est beaucoup mieux. Tu m’en diras des nouvelles. Il lui a tout piqué S… à B…”. Bon d’accord, je dis, même si je ne pensais pas que l’homme dont on parlait avait piqué réellement quoique ce soit à l’autre. Enfin c’était comme çà, ce vieux con là cherchait toujours à jubiler par d’inutiles affronts, et cela en toute circonstance. Je partis quand même acheter le bouquin… par ce principe du respect envers mon aîné. J’ouvris… première page… premiere nouvelle… ce fut la découverte de toute une humanité banale décrite sur un ton virulent et drôle… presque enfantin. J’étais fichu ou bien sauvé. Je le voyez bien à l’écouter. J’appris plus tard que c’était peut-être les deux à la fois. Mais j’avançais quand même… prudamment et fermement. Je découvris par la suite le grand C… grâce à B… le plus beau voyage jusque là. Mais à bien y réfléchir, si on remonte encore plus loin, c’est C… (un autre) qui m’a le plus marqué… et il ne lui en a fallut d’un rien pour allumer le vivant en moi… rien qu’un peu de sang et de soleil… étrange ivresse que je cherche à revivre depuis. Puis R… V… N… G… D… et d’autres sont arrivés. C’était réconfortant de les avoir… d’être eux… ils sembaient être des amis et des ennemies lointains que j’avais oublié tellement je glissais sur eux avec le sentiment d’avoir vécu tout ce qu’ils racontaient. Voilà le sentiment d’éternité… c’était fait… je ne dormais plus comme il fallait. Merci vieux con.