Windy Day
Il devait être aux alentours de deux heures du mat’. J’étais accoudé à ce comptoir sirotant ma bière en compagnie d’un illustre compagnon de nuit. Cà valsait dans tous les sens. Je savais vraiment pas ce que je fichais là. Tout ce que j’avais envie de faire pourtant c’était de retourner chez moi pour me replonger dans Céline, Hegel ou Eluard. C’était selon l’humeur. Mais on a souvent envie d’un tat de truc, qui vous obsède même l’esprit tout entier, mais qu’on fait pourtant jamais. Je ne sais pas ce qui m’a freiné ce soir là, qu’elle impulsion m’avait donné envie de rencontrer soudainement mes semblables dans cette immense foire. Je descendais les verres comme un travail à la chaîne, feignant de me désinteresser de toute la beauté du monde. C’était plus fort que n’importe qu’elle musique. C’est que le vent des autres ne m’atteignait pas tellement ces temps-ci dans la journée. J’arrivais à croiser plus de morts-vivants le jour que la nuit. Alors on choisit quoi ?
Ils avaient tous le regard occupé les gens du jour, par je ne sais quelle pensée. Ils semblaient tous glisser sur la pente de l’avenir. Je les écoutaient pas, je faisais semblant. Tantôt par mouvements de la tête accompagné de grimaces qui pouvaient suggerer tout et n’importe quoi, tantôt par des oui qui se perdaient dans l’infini. Je communiais avec des gens tristes et interchangeables en somme. Je demandais pas de la compassion pourtant, juste un peu de vivacité d’esprit, de l’entrain, une joie assez communicative pour me faire rentrer dans un ordinaire acceptable. Mais on me zappait allègrement. Alors à quoi bon ? Je peux trouver ailleurs mon semblant de bonheur remarquez… ca me déplais pas ce train de vie… je pioche des morceaux de rire… le tout n’existe pas… l’ivresse se constitue par saccades.
C’était l’apogée du désordre qui avait débuté il y a des semaines cette journée, je l’avoue bien gentillement. Un désordre même pas organisé. Ce qui m’acheva pour tout dire, c’était l’introduction d’un cours auquel j’assista par conscience professionelle. Ce fut le pompom… toute l”inutilité, toute l’apparente servitude de ce monde de lumière s’abattait sur moi. La faute à pas moins de dix pages qui voulaient nous apprendre à bien positionner les virgules, bien utiliser les conjonctions et les sonorités dans les textes. “Vos écris se doivent d’être élégants” qu’elle disait la dame dans son introduction pédagogique. J’ai lu car, c’est bien connu, la misère semble entraîner la misère. Cà parlait de négligence et de paresse, de “mot juste”. Elle les connaissaient pas les vrais maux la dame. Si elle savait ce que j’ai pu faire par négligence ! ”Noubliez pas… c’est plus convenable de dire “sors-tu ?” et non “tu sors ?” ; mettez bien l’accent circonflexe dans ces mots ci, l’accent grave dans ces mots là ; “on ne raisonne justement qu’avec une syntaxe rigoureuse”… etc… etc… le tout ponctué sans cesse par des citations d’un intérêt douteux… du lyrisme pour pauvres gens. La langue française va t-elle si mal. Quand savent-t-ils. Non, ces gens là déraillent. Enfin, vous l’aurez compris, un truc à se torcher l’cul. Je vois pas à quoi ca pouvait servir d’autres. Vivement que le vent tourne.
“L’esprit s’arroge un peu partout des droits qu’il n’a pas” A. BRETON
