Tuesday, December 26, 2006

 

 

C’est un dévergondage incessant. Une funesterie. Un combat de chefs. Ils veulent l’éclipse ! Moi je cohabite. Ils doivent me traîner dans leurs cauchemars. C’est forcé. On me donne du sommeil. Je cris, je hurle, je me corromps dans une absence. C’est pas facile. Sales gosses ! Où passe leur temps ? Ce sont des harengs cloîtrés dans leur caque, des ivrognes de la bêtise ! Rien de tragique pourtant. La sérénade ils l’ont trop jouée, ils s’en sont mis jusque-là. C’est bien fini, il paraît. Ah Ah Ah ! Moi faut que je me sorte de là, je pourris, je me décompose… je veux pas finir en composte… je dois me refaire une mine.  

La bibliothèque est mal rangée. Quelqu’un la fout en désordre tous les jours. Je peux pas rester devant pour savoir, c’est arrassant de rester debout. Surtout pour guetter des fantômes. J’y pense quand même.

 

 

 

Posted by M. at 20:53:00 | Permalink | Comments (4)

 

 

“C’est sur ce quai-là, au 18, que mes bons parents firent de bien tristes affaires pendant l’hiver 92, çà nous remet loin. C’était un magasin de “Modes, fleurs et plumes”. Y avait en tout comme modèles que trois chapeaux, dans une seule vitrine, on me l’a souvent raconté. La Seine a gélé cette année-là. Je suis né en mai. C’est moi le printemps.

 Destinée ou pas, on en prends marre de vieillir, de voir changer les maisons, les numéros, les tramways et les gens de coiffure, autour de son existence. Robe courte ou bonnet fendu, pains rassis, navire à roulettes, tout à l’aviation, c’est du même ! On vous gaspille la sympathie. Je veux plus changer. J’aurais bien des choses à me plaindre mais je suis marié avec elles, je suis navrant et je m’adore autant que la Seine est pourrie. Celui qui changera le réverbère crochu au coin du numéro 12 il me fera bien du chagrin. On est temporaire, c’est un fait, mais on a déjà temporé assez pour son grade.

Voilà les péniches… Elles ont un coeur chacune à présent. Il bat tout gros et bourru à pleins dans l’écho noir des arches. Ca suffit. Je me désagrège. Je me plainds plus. Mais faut pas m’en faire davantage. Si les choses nous emportaient en même temps qu’elles, si mal foutues qu’on les trouve, on mourrait de poèsie. Ca serait commode dans un sens.”

 

L-F Céline -  Extrait - “Mort à Crédit”

 

 

Posted by M. at 00:12:38 | Permalink | Comments (2)