Sunday, December 31, 2006

  

“Ce poison va rester dans toutes nos veines même quand, la fanfare tournant, nous serons rendus à l’ancienne inharmonie. Ô maintenant, nous si digne de ces tortures ! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés: cette promesse, cette démence !”

 

A.R.

 


Luxuriante année à vous lecteurs

M

 

Posted by M. at 12:10:48 | Permalink | Comments (2)

“Le pouvoir d’incantation que Rimbaud exerça sur moi vers 1915 et qui, depuis lors, s’est quintessencié en de rares poèmes tels que Dévotion est sans doute, à cette époque, ce qui m’a valu, un jour où je me promenais seul sous une pluie battante, de rencontrer une jeune fille la première à m’adresser la parole, qui, sans préambule, comme nous faisions quelques pas, s’offrit à me réciter un des poèmes qu’elle préférait : Le Dormeur du Val. C’était si inattendu, si peu de saison. Tout récemment encore, comme un dimanche, avec un ami, je m’étais rendu au «marché aux puces» de Saint-Ouen (j’y suis souvent, en quête de ces objets qu’on ne trouve nulle part ailleurs, démodés, fragmentés, inutilisables, presque incompréhensibles, pervers enfin au sens où je l’entends et où je l’aime, comme par exemple cette sorte de demi-cylindre blanc irrégulier, verni, présentant des reliefs et des dépressions sans signification pour moi, strié d’horizontales et de verticales rouges et vertes, précieusement contenu dans un écrin, sous une devise en langue italienne, que j’ai ramené chez moi et dont à bien l’examiner j’ai fini par admettre qu’il ne correspond qu’à la statistique, établie dans les trois dimensions, de la population d’une ville de telle à telle année, ce qui pour cela ne me le rend pas plus lisible), notre attention s’est portée simultanément sur un exemplaire très frais des Oeuvres complètes de Rimbaud, perdu dans un très mince étalage de chiffons, de photographies jaunies du siècle dernier, de livres sans valeur et de cuillers en fer. Bien m’en prend de le feuilleter, le temps d’y découvrir deux feuillets intercalés : l’un copie à la machine d’un poème de forme libre, I’autre notation au crayon de réflexions sur Nietzsche. Mais celle qui veille assez distraitement tout près ne me laisse pas le temps d’en apprendre davantage. L’ouvrage n’est pas à vendre, les documents qu’il abrite lui appartiennent. C’est encore une jeune fille, très rieuse, Elle continue à parler avec beaucoup  d’animation à quelqu’un qui paraît être un ouvrier qu’elle connaît, et qui l’écoute, semble-t-il, avec ravissement. A notre tour, nous engageons la conversation avec elle. Très cultivée, elle ne fait aucune difficulté à nous entretenir de ses goûts littéraires qui la portent vers Shelley, Nietzsche et Rimbaud. Spontanément, elle nous parle même des surréalistes, et du Paysan de Paris de Louis Aragon qu’elle n’a pu lire jusqu’au bout, Les variations sur le mot Pessimisme l’ayant arrêtée. Dans tous ses propos passe une grande foi révolutionnaire. Très volontiers, elle me confie le poème d’elle que j’avais entrevu et y joint quelques autres de non moindre intérêt. Elle s’appelle Fanny Beznos.

 

André Breton - “Nadja”

 

Le surréalisme

L’écriture automatique

 

Bibliographie :

“De Rimbaud au surréalisme. Panorama critique”, par G.-E. Clancier, Seghers, 1959.

Posted by M. at 11:47:28 | Permalink | Comments (1) »

Tuesday, December 26, 2006

 

 

C’est un dévergondage incessant. Une funesterie. Un combat de chefs. Ils veulent l’éclipse ! Moi je cohabite. Ils doivent me traîner dans leurs cauchemars. C’est forcé. On me donne du sommeil. Je cris, je hurle, je me corromps dans une absence. C’est pas facile. Sales gosses ! Où passe leur temps ? Ce sont des harengs cloîtrés dans leur caque, des ivrognes de la bêtise ! Rien de tragique pourtant. La sérénade ils l’ont trop jouée, ils s’en sont mis jusque-là. C’est bien fini, il paraît. Ah Ah Ah ! Moi faut que je me sorte de là, je pourris, je me décompose… je veux pas finir en composte… je dois me refaire une mine.  

La bibliothèque est mal rangée. Quelqu’un la fout en désordre tous les jours. Je peux pas rester devant pour savoir, c’est arrassant de rester debout. Surtout pour guetter des fantômes. J’y pense quand même.

 

 

 

Posted by M. at 20:53:00 | Permalink | Comments (4)

 

 

“C’est sur ce quai-là, au 18, que mes bons parents firent de bien tristes affaires pendant l’hiver 92, çà nous remet loin. C’était un magasin de “Modes, fleurs et plumes”. Y avait en tout comme modèles que trois chapeaux, dans une seule vitrine, on me l’a souvent raconté. La Seine a gélé cette année-là. Je suis né en mai. C’est moi le printemps.

 Destinée ou pas, on en prends marre de vieillir, de voir changer les maisons, les numéros, les tramways et les gens de coiffure, autour de son existence. Robe courte ou bonnet fendu, pains rassis, navire à roulettes, tout à l’aviation, c’est du même ! On vous gaspille la sympathie. Je veux plus changer. J’aurais bien des choses à me plaindre mais je suis marié avec elles, je suis navrant et je m’adore autant que la Seine est pourrie. Celui qui changera le réverbère crochu au coin du numéro 12 il me fera bien du chagrin. On est temporaire, c’est un fait, mais on a déjà temporé assez pour son grade.

Voilà les péniches… Elles ont un coeur chacune à présent. Il bat tout gros et bourru à pleins dans l’écho noir des arches. Ca suffit. Je me désagrège. Je me plainds plus. Mais faut pas m’en faire davantage. Si les choses nous emportaient en même temps qu’elles, si mal foutues qu’on les trouve, on mourrait de poèsie. Ca serait commode dans un sens.”

 

L-F Céline -  Extrait - “Mort à Crédit”

 

 

Posted by M. at 00:12:38 | Permalink | Comments (2)

Thursday, December 21, 2006

 

 

La vie est un rêve.

 

          Je me réveille à chaque secondes.

 

Le temps me crève.

 

                         Liberté féconde !

 

 

 

 

 

 

 

 

Posted by M. at 01:18:18 | Permalink | Comments (2)

 

 A mon cher ami, C.Q.

 

L’art poétique

 

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.

C’est des beaux yeux derrière des voiles
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est par un ciel d’automne attiédi
Le bleu fouillis des claires étoiles!

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance!
Oh! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?

Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.

 

Paul Verlaine


 


 

N’allez pas prendre pour génie un amour de rimer -

Souvent un esprit qui se flatte et qui s’aime -


Méconnaît son génie et s’ignore soi-même.

Quelque sujet qu’on traite, ou plaisant, ou sublime -

Que toujours le bon sens s’accorde avec la rime -

La rime est un esclave, et ne doit qu’obéir

 

Nicolas Boileau, Extrait de “L’Art Poétique”

 

 

 

Posted by M. at 00:16:19 | Permalink | No Comments »

Sunday, December 17, 2006

Je les ai vu se dandiner comme des pantins de foire, ils s’en donnaient à coeur joie les ballots, tous obsurcis par d’anciens visages. Je paradais ce soir là, je l’avoue bien gentillement, drappés de silences et d’emportements naïfs. Les flacons étaient nombreux, je les ai travaillés subtilement. Mais eux n’y voyaient rien.  Ah ! Ne leur ai-je pas donné assez de pain à ces ignobles cafards, ces vigoureuses limaces, ces conteurs de vide, ces carnassiers du luxe ? Prophètes des siècles derniers ! Qu’ont-ils essayaient ? Qu’ont-ils tentaient ? Des orgueils ? A foisons. Des rêveries ? Inutiles. Des départs ? Peu fréquents.

Noyez vous bon sang ! Offrez moi de belles railleries du moins, des tristesses maladroites !  

Assez ! Je suis d’autant plus inutile à dessiner leur débauche. Vieillerie !

 

 

Posted by M. at 02:16:55 | Permalink | Comments (3)

Tuesday, December 12, 2006

 A mes amours…

 

Ô miroir fallacieux ! Silence héroïque ! Illusions mortes nées !… je m’ignore comme un bon samaritain ! Sommes nous si jeune que notre cœur doit être indifférent ? Je suis sous l’inffluence de l’étranger, son goût me fascine mais je l’ai digéré bien avant que tout cela commence. Rien de plus, rien de moins qu’une coïcidence forcée*. Je donne raison, je donne tort et je l’envoie s’inventer des images haïssables. C’est mon jeu, ma cadence, il est salace, il est vicieux, je mens avec délice. « Il rêve sans couleurs vous savez ! » voilà ce que la beauté en dit. Les heures s’éloignent, je change d’équilibre pour courber l’espace-temps en vain. Innocente fuite, je crache mes mots remplis de langueurs véhémentes pour les imaginer à nouveau dans une mémoire neuve. Je me trahis. Mes souffles discordants et lésineux donnerons des repos à qui les voudra.

 

 

Posted by M. at 22:49:54 | Permalink | No Comments »

Friday, December 8, 2006

J’avais à l’idée d’être libre et actif, mais… Cloisonné et repus de sottises, circoncrit par des erreurs dû sans doute à ma bienveillance. J’avais à l’idée de jouer le jeu de la culture… c’est arrivé… malgrès moi. Tout a commencé par noblesse… le cri de l’animal… la soif de l’homme…

J’avais à l’idée de trouver un “moi” sauvage. Du bout de mon espérance, ma faiblesse, en priant, j’aurais chassé mes démons pour en devenir un à mon tour. J’avais à l’idée de changer le ton de ma voix, la rendre cruelle et voyageuse, touchant les sens directement, sans détour. Une stupeur, un tremblement, je voulais conquérir avec sagesse. La sagesse d’un démon, qui en voudrait ? Tout le monde ! Ne prêche t-il pas tout deux la bonne parole ? La sagesse écrase la création car elle est vertueuse, et le néant guette les révolutions de nos démons. N’est-ce pas notre bon vieux Antisthène qui disait que ” la vertu est avare de mots ; le vice, lui, bavarde sans fin ” ? Laissons ce vieux cynique se branler en public. Ne provoquons pas le monde en vain…

——————————————————————————————————————————————————————————–

Un homme m’a dit :

- Je ne sais que très peu et pourtant même si j’en savais trop, ce ne serait que du “rien”… Tu vois ces hommes là-bas sur leur île ? Ils le voient à présent, çà leur a pris du temps, ils ont crus voir le changement eux aussi… boiteux, dormeurs et conquérants… des mots et leurs sens, leurs schémas, leurs histoires.. Ne le vois-tu pas ? Toi qui déformes, rassembles et dévores. Toi qui te pavanes devant les hommes pour du vent… rejoins nous parmis les sages…

- Aucun discours ne vaut, aucune étude ni savoir ?

- Non mon ami !

- Je ne suis pas votre ami !

- Alors tu ne cherche point la sagesse ?

- Je suis sale et ignoble vous savez moi aussi… mais un jour quelqu’un m’a dit que “la décadence elle-même n’est rien qu’il faille combattre”

 

Posted by M. at 02:24:32 | Permalink | No Comments »

Wednesday, December 6, 2006

“Le lendemain matin, lorsque je descendis pour le thé, ma mère me gronda - moins fort, pourtant, que je ne m’y attendais - et me demanda de lui dire comment j’avais passé la soirée de la veille. Je lui répondis brièvement, en ommettant de nombreux détails, m’efforçant de donner à l’ensemble un caractère tout a fait anodin.

“Tu as beau dire, ce ne sont pas des gens comme il faut, conclut ma mère… Et tu ferais mieux de préparer les examens que d’aller chez eux…”

Comme je savais que tout l’intérêt que maman portait à mes études se bornerait à cette phrase, je ne crus pas utile de répondre. Mon père, lui, me prit par le bras, sitôt après le thé, m’entraîna au jardin et me demanda de lui faire un récit détaillé de tout ce que j’avais vu chez les Zassekine.

Quelle étrange inffluence il exerçait sur moi, et comme nos relations étaient bizarres ! Mon père ne s’occupait pratiquement pas de mon éducation, ne m’offensait jamais et respectait ma liberté. Il était même “courtois” avec moi, si l’on peut dire… mais se tenait ostensiblement à l’écart. Je l’aimais, je l’admirais, faisais de lui mon idéal et me serais passionnément attaché à lui s’il ne m’avait repoussé tout le temps. Mais, quand il le voulait, il était capable de m’inspirer une confiance sans bornes, d’un seul mot, d’un geste: mon âme s’ouvrait à lui, comme à un ami plein de bon sens et à un précepteur indulgent… Et puis, subitement, sa main me repoussait sans brusquerie, certes, mais, tout de même, elle me repoussait…”

 

Ivan Tourgueniev - “Premier Amour”

 

Photo : Serguey Merkulov - “Moscow”, Kievskaya - 2006

Posted by M. at 23:35:25 | Permalink | No Comments »