Monday, November 27, 2006

Voilà bien des années pourtant que les modernes s’efforcent de blanchir le poème de ses fautes en le délivrant de la musique et des images. Amaigri, appauvri, interdit de Chant, le voici devenu un rude et sobre objet de langue, moins fait pour émouvoir ou séduire que pour infuser de l’effroi. Le discours en vigueur ne tolère la poésie qu’à la condition qu’elle se déclare « inadmissible » : coupable d’imposture, elle ne sera lavée de ses crimes romantiques qu’en se livrant à la plus sévère des autocritiques.

Les poètes, pourtant, ne sont ni des enfants prodigues ni d’incorrigibles rêveurs. Ils ne confondent pas les masques et les visages. Si stupéfiantes soient-elles, les images qu’ils inventent consistent en des « fautes calculées» ayant l’indécision et le vacillement du sensible pour objet.

Jean-Michel Maulpoix

 

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