Friday, November 10, 2006

“Aussi longtemps que tu vivras et que tu auras un souffle en toi, ne te livre à personne.” 

Rudyard Kipling


“Les amants” - Magritte


 [...]

- Lil, dit Wolf. Je t’aime tant. Pourquoi est-ce que çà ne me rend pas aussi heureux que le Sénateur ?

- C’est que je suis trop petite, dit Lil en se serrant contre lui. Ou alors, tu vois mal les choses. Tu les prends pour d’autres.

Ils quittèrent la cuisine et allèrent s’asseoir sur un grand divan.

- J’ai presque tout essayé, dit Wolf, et il n’y a rien que j’aie envie de refaire.

- Pas même m’embrasser ? dit Lil

-Si, dit Wolf en le faisant.

- Et ta vieille machine horrible ? dit Lil

- Ca me fait peur, murmura Wolf. La façon dont on repense aux choses là-dedans…

Il eut une crispation de déplaisir dans la région du cou.

- C’est fait pour oublier, mais d’abord on repense à tout continua-t-il. Sans rien omettre. Avec encore plus de détails. Et sans éprouver ce qu’on éprouvait.

- C’est si ennuyeux ? dit Lil.

- C’est tuant, de traîner avec soi ce qu’on a été avant, dit Wolf.

- Tu ne veux pas m’emmener, moi ? dit Lil en le câlinant.

- Tu es jolie, dit Wolf. Tu es gentille. Je t’aime. Et je suis déçu.

- Tu es déçu ? répéta Lil.

- C’est pas possible que çà ne soit que çà, dit Wolf avec un geste vague, le plouk, la machine, les amoureuses, le travail, la musique, la vie, les autres gens…

- Et moi ? dit Lil.

-Oui, dit Wolf. Il y aurait bien toi, mais on ne peut pas être dans la peau d’un autre. Ca fait deux. Tu es complète. Toi entière, c’est trop; et tout vaut d’être gardé, alors il faut bien que tu sois différente.

- Mets-toi dans ma peau avec moi, dit Lil. Moi je serai heureuse, rien que nous deux.

- C’est pas possible , dit Wolf. On en peut pas se mettre dans la peau d’un autre, sauf en le tuant et en l’écorchant pour la lui prendre.

- Ecorche-moi, dit Lil.

- Après, dit Wolf, je ne t’aurai pas plus; ça sera toujours moi dans une autre peau.

- Oh ! dit Lil toute triste.

- C’est ça, quand on est déçu, dit Wolf. C’est qu’on peut être déçu avec tout. C’est irrémédiable; çà marche à tout coup.

- Tu n’as plus du tout d’espoir ? dit Lil.

- Cette machine… dit Wolf. J’ai cette machine. Après tout, je n’y ai pas été tellement longtemps.

- Quand vas-tu y retourner ? dit Lil. J’ai tellement peur de la cage. Et tu ne me dis rien.

- Je remets çà demain, dit Wolf. Maintenant il faut que j’aille travailler. Quant à te dire quelquechose, je ne peux pas.

[...]

 

“L’Herbe Rouge” - Boris Vian, 1950.

 



 ”Je l’embrasse (la nature) tout entière dans mon coeur enflammé, et, dans cette plénitude surabondante de sentiments je suis comme déifié moi même; les formes splendides de la création infinie s’agitent vivantes dans mon âme” - “Les souffrances du jeune Werther” - Goethe

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“…et il n’avait conscience de lui-même que par un intolérable serrement à la poitrine. ” L’Education Sentimentale - Gustave Flaubert

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Posted by M. at 00:43:22 | Permalink | Comments (2)

“Voyager, c’est bien utile, çà fait travailler l’imagination.
Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.
Il va de la vie à la mort, Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais.

Et puis d’abord tout le monde peu en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.

C’est de l’autre côté de la vie.”

Louis-Ferdinand Céline



“La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai pas pu me tuer moi.”

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“C’est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu’ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu’ils ne cherchent pas à comprendre eux, le pourquoi qu’on est là. Ca leur est bien égal. Ils dorment n’importe comment, c’est des gonflés, des huîtres, des pas suceptibles, Américains ou non. Ils ont toujours la conscience tranquille.”

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“Le mieux était donc de sortir dans la rue, ce petit suicide. Chacun possède ses petits dons, sa méthode pour conquérir le sommeil et bouffer. Il fallait bien que j’arrive à dormir pour retrouver assez de forces pour gagner ma croûte le lendemain. Retrouver de l’entrain, juste ce qu’il fallait pour trouver un boulot demain et franchir tout de suite, en attendant l’inconnu du sommeil. Faut pas croire que c’est facile de s’endormir une fois qu’on s’est mis à douter de tout, à cause surtout de tant de peurs qu’on vous a faites.”

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“Voyage au bout de la nuit” - Céline

Posted by M. at 00:14:15 | Permalink | Comments (2)