Monday, November 27, 2006

Voilà bien des années pourtant que les modernes s’efforcent de blanchir le poème de ses fautes en le délivrant de la musique et des images. Amaigri, appauvri, interdit de Chant, le voici devenu un rude et sobre objet de langue, moins fait pour émouvoir ou séduire que pour infuser de l’effroi. Le discours en vigueur ne tolère la poésie qu’à la condition qu’elle se déclare « inadmissible » : coupable d’imposture, elle ne sera lavée de ses crimes romantiques qu’en se livrant à la plus sévère des autocritiques.

Les poètes, pourtant, ne sont ni des enfants prodigues ni d’incorrigibles rêveurs. Ils ne confondent pas les masques et les visages. Si stupéfiantes soient-elles, les images qu’ils inventent consistent en des « fautes calculées» ayant l’indécision et le vacillement du sensible pour objet.

Jean-Michel Maulpoix

 

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Thursday, November 23, 2006

 

Quand l’Ombre menaça de la fatale loi,
Tel vieux Rêve, désir et mal de mes vertèbres,
Affligé de périr sous les plafonds funèbres
Il a ployé son aile indubitable en moi.
 
Luxe, ô salle d’ébène où, pour séduire un roi
Se tordent dans leur mort des guirlandes célèbres,
Vous n’êtes qu’un orgueil menti par les ténèbres
Aux yeux du solitaire ébloui de sa foi
 
Oui, je sais qu’au lointain de cette nuit, la Terre
Jette d’un grand éclat l’insolite mystère
Sous les siècles hideux qui l’obscurcissent moins.
 
L’espace à soi pareil qu’il s’accroisse ou se nie
Roule dans cet ennui des feux vils pour témoins
Que c’est d’un astre en fête allumé le génie.

 

Stéphane Mallarmé

 

“Mallarmé” par Manet

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Saturday, November 18, 2006

 

L’enfance, le gel, les natures mortes, les reflets vagues du parquet jaune pisseux.

Les voyages, la famille, l’ambition, le repos. La vie ! Ah ah !

L’effervescence, les aimables et les répugnants, le bastion.

Jesus, Bouddha,Homère, Bacchus, l’infortune, la chance, le ressentiment.

La vanité, la joie, la volupté, le coeur, la vertue.

La musique : repos de volonté

La puissance : la lâcheté.

Les femmes, le vaste monde, l’horreur.

La science, le savoir, la misère.

Le miroir : mon fardeau. 

Le déplaisir, mes nausées.

Les philosophes allemands.

L’amour : l’écueil.

Souvenirs : j’en prends trop soin.

Parfums neufs, nouvelle mémoire.

L’oubli : la santé ?

 

 

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Friday, November 17, 2006

 

Babel

 

Des rythmes avares

Font naître le ton,

Sourd et blafard,

D’une langue à l’unisson !

 

Cherche et perds,

La voix de nos quêtes,

Et sous la nuit sans air,

Ramasse tes conquêtes.

 

Au-delà des inexorables cris, 

Indolence et malentendus,

Plus que méchanceté et furie

Lorgnent aux coins des rues.

 

Au-dessus de ces terres,

D’une voix fluête,

Voyez nos pères

Farcir nos têtes.

 

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Tour de Babel, “La Confusion des Langues” de Gustave Doré

 
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Wednesday, November 15, 2006

Voyez Mona !

J’ai dit : “Ce temps n’est pas fait pour moi”. Oh ! Erreurs, errances et vacarmes !

Je vous raconte.

Je touche la beauté divine, sous ses coupes acerbes, elle me jette un souffle meurtrier. Dans des engagements lascifs, je crois me renvoyer aux enfers, je crois toucher l’eden. Tiens l’Eternité ! Puis le narcissisme, l’orgueil, les flots, la fuite ! Les choix platoniques ont fait disparaître mes yeux pleins de louanges et la morale s’est dissipée.  Je n’étais pas au monde pour toucher la finalité. C’est un songe particulier, un esprit qui s’affole mais qu’on ne peut lier. Je croyais devenir. Mais qu’avais-je donc contemplé ?  Qui étais-je pour avoir lesté ainsi notre volonté ? Riez vous ferez bien.

Baissez votre jupon et indiquez moi l’espoir, sans ressentiment, vrillez mes silences, nourrissez moi d’entières connaissances, oubliez mes inconsidérations de riche prisonnier.

Où seront alors mes éternels retours ? L’espérance naît-elle du mouvement ? En glissant sur l’humanité, j’ai cru encore voir des sacrifices honteux, la barbarie, j’ai bani ma mémoire. Je rendais la justice du Beau et je m’effaçais dans la Laideur. Oh ! Erreurs, errances et vacarmes ! Ignoble cultivateur de mirages !

Est-ce ma faute ? Suis-je coupable ? 

On m’a toujours dit : ” Soyez fou, vous serez drôle, étant hagard !”

Quelle gaudriole !

 

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Friday, November 10, 2006

“Aussi longtemps que tu vivras et que tu auras un souffle en toi, ne te livre à personne.” 

Rudyard Kipling


“Les amants” - Magritte


 [...]

- Lil, dit Wolf. Je t’aime tant. Pourquoi est-ce que çà ne me rend pas aussi heureux que le Sénateur ?

- C’est que je suis trop petite, dit Lil en se serrant contre lui. Ou alors, tu vois mal les choses. Tu les prends pour d’autres.

Ils quittèrent la cuisine et allèrent s’asseoir sur un grand divan.

- J’ai presque tout essayé, dit Wolf, et il n’y a rien que j’aie envie de refaire.

- Pas même m’embrasser ? dit Lil

-Si, dit Wolf en le faisant.

- Et ta vieille machine horrible ? dit Lil

- Ca me fait peur, murmura Wolf. La façon dont on repense aux choses là-dedans…

Il eut une crispation de déplaisir dans la région du cou.

- C’est fait pour oublier, mais d’abord on repense à tout continua-t-il. Sans rien omettre. Avec encore plus de détails. Et sans éprouver ce qu’on éprouvait.

- C’est si ennuyeux ? dit Lil.

- C’est tuant, de traîner avec soi ce qu’on a été avant, dit Wolf.

- Tu ne veux pas m’emmener, moi ? dit Lil en le câlinant.

- Tu es jolie, dit Wolf. Tu es gentille. Je t’aime. Et je suis déçu.

- Tu es déçu ? répéta Lil.

- C’est pas possible que çà ne soit que çà, dit Wolf avec un geste vague, le plouk, la machine, les amoureuses, le travail, la musique, la vie, les autres gens…

- Et moi ? dit Lil.

-Oui, dit Wolf. Il y aurait bien toi, mais on ne peut pas être dans la peau d’un autre. Ca fait deux. Tu es complète. Toi entière, c’est trop; et tout vaut d’être gardé, alors il faut bien que tu sois différente.

- Mets-toi dans ma peau avec moi, dit Lil. Moi je serai heureuse, rien que nous deux.

- C’est pas possible , dit Wolf. On en peut pas se mettre dans la peau d’un autre, sauf en le tuant et en l’écorchant pour la lui prendre.

- Ecorche-moi, dit Lil.

- Après, dit Wolf, je ne t’aurai pas plus; ça sera toujours moi dans une autre peau.

- Oh ! dit Lil toute triste.

- C’est ça, quand on est déçu, dit Wolf. C’est qu’on peut être déçu avec tout. C’est irrémédiable; çà marche à tout coup.

- Tu n’as plus du tout d’espoir ? dit Lil.

- Cette machine… dit Wolf. J’ai cette machine. Après tout, je n’y ai pas été tellement longtemps.

- Quand vas-tu y retourner ? dit Lil. J’ai tellement peur de la cage. Et tu ne me dis rien.

- Je remets çà demain, dit Wolf. Maintenant il faut que j’aille travailler. Quant à te dire quelquechose, je ne peux pas.

[...]

 

“L’Herbe Rouge” - Boris Vian, 1950.

 



 ”Je l’embrasse (la nature) tout entière dans mon coeur enflammé, et, dans cette plénitude surabondante de sentiments je suis comme déifié moi même; les formes splendides de la création infinie s’agitent vivantes dans mon âme” - “Les souffrances du jeune Werther” - Goethe

~ 

“…et il n’avait conscience de lui-même que par un intolérable serrement à la poitrine. ” L’Education Sentimentale - Gustave Flaubert

~

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“Voyager, c’est bien utile, çà fait travailler l’imagination.
Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.
Il va de la vie à la mort, Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais.

Et puis d’abord tout le monde peu en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.

C’est de l’autre côté de la vie.”

Louis-Ferdinand Céline



“La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai pas pu me tuer moi.”

~

“C’est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu’ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu’ils ne cherchent pas à comprendre eux, le pourquoi qu’on est là. Ca leur est bien égal. Ils dorment n’importe comment, c’est des gonflés, des huîtres, des pas suceptibles, Américains ou non. Ils ont toujours la conscience tranquille.”

~

“Le mieux était donc de sortir dans la rue, ce petit suicide. Chacun possède ses petits dons, sa méthode pour conquérir le sommeil et bouffer. Il fallait bien que j’arrive à dormir pour retrouver assez de forces pour gagner ma croûte le lendemain. Retrouver de l’entrain, juste ce qu’il fallait pour trouver un boulot demain et franchir tout de suite, en attendant l’inconnu du sommeil. Faut pas croire que c’est facile de s’endormir une fois qu’on s’est mis à douter de tout, à cause surtout de tant de peurs qu’on vous a faites.”

~

“Voyage au bout de la nuit” - Céline

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Sunday, November 5, 2006

“An old cowboy went riding out one dark and windy day, Upon a ridge he rested as he went along his way…”

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Saturday, November 4, 2006


Vocation de l’âme

Toute pensée abolie, ils m’ont jeté au feu,
D’opinion en opinion pérorez dont !
Ô faux-semblants !

Voici la comédie burlesque de l’humanité désuète !
Debout, ils jetent au vent,
Psaumes inutiles et fastidieux,
Assis, répit de courte durée,
Notions voyageuses, grandeur supposée,
Lâcheté bânie à jamais du royaume,
Les nobles stoïciens dorment,
Dans l’instant et dans l’instinct,
En exil, appeurés mais vaillant,
L’utile mis en figure de proue,
Assises indomptables et écrou bien serré,
Jeunesse dans l’âme ou psychose choisie ?
Psittacisme ou psilocybine ?
Qu’importe ! Dans un rire, déja,
Le prestidigitateur des idées brûle.

 

 

 

 


 
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