Saturday, October 28, 2006

Je revoie l’accordéon où la poussière s’est entassée, la ballade monotone, le ciel sans accords, ma dulcinée égarée, moi sur le dos songeant : désaccords des sens, funeste entreprise, voyage de répit , musique technique, frêle liberté, esclavage des mots. Je pense : c’est encore loin ! Donne-moi le coeur, donne-moi l’esprit, c’est si facile noyé dans la foule. Regarde ! Ils parlent et j’oublie. Lueurs en contrebas, les absents s’affichent en nombre, parlons bien. Horloge déréglée, stupide candeur, lumineuse ombre, breuvages oniriques naissant d’outre-tombe, fleur en feu, je m’égare “In naufragiis amaris…”

Tout peine et tout songe ! C’est l’âme penchée sur l’abîme. Blême et navrée reposant dans le mensonge. Nul besoin de paraître ! Voyez mes vers, vieux et abîmés ! Je lis le vice, l’hécatombe ! C’est la joie ! C’est le beau ! La loi et le corbeau ! 

 

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Thursday, October 26, 2006

Voilà, je vais encore une fois me raconter. Vous y verrez surement là si vous ne portez pas l’oeil de l’esprit un peu plus loin dans ce soit disant journal,  l’oeuvre introspective et le regard personnel d’un homme ordinaire. Je respecte le combat de chacun contre l’égoïsme et à la fois je le vomi. Le détachement envers l’égotisme me paraît vain dans la plupart des aspects de cette vie. J’ai eu cette part en moi de nihilisme, la notion est difficile à cerner je vous l’accorde, certains on souvent confondue ce qui apparaîssait de prime abord comme un rejet pur et simple des valeurs morales avec de l’anarchisme, ne suivez pas le même cheminement je vous en conjure ce serait me condamner. Pour ne plus avoir à contempler le néant, je me suis jeté dedans comme on dit. Tout ceci peut mener au totalitarisme, à la dictature de l’esprit si l’on ni prend pas garde. A présent je ne suis peut être ni bon, ni saint, ni génie, et encore moins chrétien. (C’est pour cela par exemple, pour répondre à un ami, qu’il est incompréhensible que Nietzsche ai été accusé de soutenir le nazisme, lui qui répudiait si violemment le totalitarisme du fait justement de son rejet des nihilistes, pur contresens donc).  J’ai aussi cette part de rigueur comme tout le monde, ce rattachement maladif à la réalité. Comment puis-je me détacher de ce “moi”, m’appartiens t-il d’abord ? Cela me travaille, le jour, la nuit, en rêve… “Je” est un autre comme disait Rimbaud, on devrait dire “On me pense” et non “Je pense” ajouta-t-il dans sa lettre dit du “voyant”. Livrer le “moi” à l’oubli, jeter aux oubliettes ce personnage, cet acteur de mon vivant, n’est-ce pas là aussi une tentavie de rendre sa personne plus lumineuse ? Je veux bien admettre l’existence du “Nouveau Roman”, je veux bien considérer la Nausée de ce siècle. Réduire le “moi”, faire disparaître son intrigue au profit d’une lourde conscience objective, plus universelle, livrer ainsi des tropismes plutôt que des conventions, des carcans de pensées, des langages individuels ? Mais ma propre pensée n’est-elle pas un langage universel dans le sens où elle se confronte à la votre ? Je travestie des mots, je les découpent pour moi, pour vous, pour chacuns. Je suis individuel par votre regard, je suis objectif également par le votre. Je demeure unique, mais je ne demeure pas seul.

Pretoria Day, Yonge Street Toronto, looking north of King Street, June 5, 1901

 

“ Il n’est pas un seul de nos actes qui, en créant l’homme que nous voulons être, ne crée en même temps, une image de l’homme tel que nous estimons qu’il doit être .”

Jean-Paul Sartre

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Sunday, October 22, 2006

“Junior’s Place”,  Chulahoma, Mississippi

 

Junior Kimbrough (né à Hudsonville, le 28 juillet 1930; mort à Holly Springs, le 17 Janvier 1998)Kimbrough est originaire de l’Hill Country au nord de l’état du Mississipi dans la région d’Holly Springs. Bien qu’il joua la majeure partie de sa vie, il ne rencontrera le succès qu’aprés avoir signé un contrat avec le label Fat Possum Records au début des annees 1990.

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Saturday, October 21, 2006

A vous crédulité et naïveté, tout ceci n’était pas moi, je vous le dit ! Qui d’autre ? Je ne sais pas, l’experience de moi, oui c’est çà, l’experience sacrée. Allons cherches-tu la rédemption ? Non Jamais ! J’ai péché avec fierté pour redorer l’âme poussièreuse, déchirer les voiles gonflés par le vent innocent, consummer les lourdeurs de l’esprit. As-tu songé aux dangers de l’ascèse ? Pas entièrement, c’est tellement moins ennuyeux ici. 

M.

Paul Cézanne - “Mardi Gras”

 

A Moi. L’histoire d’une de mes folies.

     Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

     J’aimais les peintures idiotes, dessus des portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d’église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l’enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs.

     Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n’a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de meurs, déplacements de races et de continents: je croyais à tous les enchantements.

     J’inventai la couleur des voyelles! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. - Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rhythmes instinctifs, je me flattai d’inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l’autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.

     Ce fut d’abord une étude. J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable, je fixais des vertiges.   [...]

 

Arthur Rimbaud - “Une saison en enfer” - Délires

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Wednesday, October 18, 2006

C’est l’Ennui ! - l’oeil chargé de pleur involontaire,

Il rêve d’échafauds en fumant son houka.

Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,

- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !  

 

Charles Baudelaire

 

L’intellect chez la plupart est une machine embarrassante, sinistre et grinçante, que l’on désespère de mettre en marche : ils parlent de “prendre la chose au serieux” dès qu’au moyen de cette machine ils s’avisent de travailler et de bien penser - oh ! que de pénibles efforts doit leur coûter l’acte de bien penser ! L’aimable brute homme perd à chaque fois sa bonne humeur, à ce qu’il paraît, quand elle se met à bien penser ! elle se fait “sérieuse” ! Et “là où se prévalent que rire et gaieté, on pense à tort et à travers” - tel est le préjugé de cette brute sérieuse à l’égard de tout “gai savoir”. - Eh bien ! montrons que c’est un préjugé !

 

Friedrich Nietzsche 

“Le Gai Savoir”

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Mai, mai, mai più…..

 

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Monday, October 16, 2006

 

J’ai cherché un passage,

Sans trop de sérieux,

Prisonnier de mon sarcophage,

J’ai fait mes adieux.

 


BIENVENUE SUR “PASSAGE HAGARD”

 
 
 
“Prenez donc ce miroir et regardez-vous-y”
 

 
 
Il faut que le poète…
 
 
 
Photo : “Contemplations”, Lake Martin, Louisiana - Ronnie Gaubert
 
 
Il faut que le poète, épris d’ombre et d’azur,
Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,
Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,
Chanteur mystérieux qu’en tressaillant écoutent
Les femmes, les songeurs, les sages, les amants,
Devienne formidable à de certains moments.
Parfois, lorsqu’on se met à rêver sur son livre,
Où tout berce, éblouit, calme, caresse, enivre,
Où l’âme à chaque pas trouve à faire son miel,
Où les coins les plus noirs ont des lueurs du ciel,
Au milieu de cette humble et haute poésie,
Dans cette paix sacrée où croit la fleur choisie,
Où l’on entend couler les sources et les pleurs,
Où les strophes, oiseaux peints de mille couleurs,
Volent chantant l’amour, l’espérance et la joie,
Il faut que par instants on frissonne, et qu’on voie
Tout à coup, sombre, grave et terrible au passant,
Un vers fauve sortir de l’ombre en rugissant !
Il faut que le poète aux semences fécondes
Soit comme ces forêts vertes, fraîches, profondes,
Pleines de chants, amour du vent et du rayon,
Charmantes, où soudain l’on rencontre un lion.
 
~
 
“Les Contemplations”
Victor Hugo
Paris, mai 1842
 
 
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