La partie se termine. All-in. Il attend une quinte. Moi aussi. Les cinq autres joueurs sont au tapis.
Je gagne la mise et la partie avec finalement une paire de dix. Une chance insolente. Les as, les brelans et les quintes florissant sous mes doigts. Une vraie mane que ce soir-là. Cette baraka si soudaine n'est pourtant là que pour me rappeler qu'il faut savoir saisir les occasions de remonter la pente, je veux dire au sens du vouloir-vivre, à la lumière du pessimisme dont je me reconnais dépendant.
Je ne sens plus mon nez et mes côtes sont douloureuses. Les yeux des passants, des infirmiers et autres docteurs se rivent sur mon visage, les rendant terriblement nerveux, si ce n'est méfiant à mon égard. Je leur explique. Je refais le scénario. Je répète encore, je suis innocent. Mon ami n'est pas un repris de justice et les bagarres ne sont, pour lui comme pour moi, qu'images de cinéma.
Changeant mots et expressions, j'invente peu à peu un nouveau récit, une nouvelle histoire qui ne semble pas m'appartenir et pourtant, c'est bien le sang s'échappant de mes narines que je revois recouvrant le goudron.
Après une nuit agitée, rêvant encore et encore que je tombe, de milles façon différentes, dans des ravins, des escaliers, des chemins, de la boue, je me dirige avec un air déterminé vers ma bibliothèque, repensant à cette américaine aux accents brésiliens que j'envoya littéralement sur les roses, sentant le vent changer radicalement de direction et gonflant la grand-voile. J'attrape alors, sans réfléchir directement aux conséquences d'un tel acte, "Les compagnons de la grappe" de John Fante. J'ouvre.
Je lis le verso de la couverture : "Lundi 12 juillet, Fnac, avec Elsa, 1993, lu en août de la même année." La date me rappele alors la première fille que j'eue embrassé, en colonie de vacances, à la frontière allemande, vers Strasbourg, les fougères et les grins de beauté sur sa peau blanche. Puis la vision d'elle, enceinte, alors que je la croisais dans une rue, me vient immédiatement à l'esprit et me dégouta. Ensuite la Fnac, lieu où je feuilletais pour la première fois "Mon chien Stupide" de l'auteur de "La route de Los Angeles". Puis, Elsa, son pull "vert", sa recherche, le rendez-vous dans ce bar de La Plaine, mon estomac, la vision de sa chambre, ma médiocrité, la rupture à la va-vite, alors que je l'aimais encore.
Et tout à coup l'image de Pauline, m'offrant ce livre. Carte Chance.
Enfin, plus bas, je continue : "Edition 10/18, 12 avenue d'Italie, Paris XIIIe". Me voilà reparti, rue d'Italie, les coups de poings, ma course pour échapper à la meute, le rouge sur le dos de mes mains. Et de nouveau, sans m'arrêter, l'Italie, les pâtes de ma grand mère, Fante, les cours d'italiens, les Abruzzes, les églises de Florence, le pauvre maçon du Colorado, mon match de base-ball, la piazza Navona, la belle brune, la Porsche...
Retour à la mer et au calme. Demain il y aura sans doute du poisson, du sar, en sacrifice à Dionysos, pour midi et un gâteau, avec cinquante bougies pour mon père dessus.
"Pauline, Hiver 2008, Rue d'Italie, lu en 2009."
"Don't try", All-in, Home-run et carte Chance.
Je gagne la mise et la partie avec finalement une paire de dix. Une chance insolente. Les as, les brelans et les quintes florissant sous mes doigts. Une vraie mane que ce soir-là. Cette baraka si soudaine n'est pourtant là que pour me rappeler qu'il faut savoir saisir les occasions de remonter la pente, je veux dire au sens du vouloir-vivre, à la lumière du pessimisme dont je me reconnais dépendant.
Je ne sens plus mon nez et mes côtes sont douloureuses. Les yeux des passants, des infirmiers et autres docteurs se rivent sur mon visage, les rendant terriblement nerveux, si ce n'est méfiant à mon égard. Je leur explique. Je refais le scénario. Je répète encore, je suis innocent. Mon ami n'est pas un repris de justice et les bagarres ne sont, pour lui comme pour moi, qu'images de cinéma.
Changeant mots et expressions, j'invente peu à peu un nouveau récit, une nouvelle histoire qui ne semble pas m'appartenir et pourtant, c'est bien le sang s'échappant de mes narines que je revois recouvrant le goudron.
Après une nuit agitée, rêvant encore et encore que je tombe, de milles façon différentes, dans des ravins, des escaliers, des chemins, de la boue, je me dirige avec un air déterminé vers ma bibliothèque, repensant à cette américaine aux accents brésiliens que j'envoya littéralement sur les roses, sentant le vent changer radicalement de direction et gonflant la grand-voile. J'attrape alors, sans réfléchir directement aux conséquences d'un tel acte, "Les compagnons de la grappe" de John Fante. J'ouvre.
Je lis le verso de la couverture : "Lundi 12 juillet, Fnac, avec Elsa, 1993, lu en août de la même année." La date me rappele alors la première fille que j'eue embrassé, en colonie de vacances, à la frontière allemande, vers Strasbourg, les fougères et les grins de beauté sur sa peau blanche. Puis la vision d'elle, enceinte, alors que je la croisais dans une rue, me vient immédiatement à l'esprit et me dégouta. Ensuite la Fnac, lieu où je feuilletais pour la première fois "Mon chien Stupide" de l'auteur de "La route de Los Angeles". Puis, Elsa, son pull "vert", sa recherche, le rendez-vous dans ce bar de La Plaine, mon estomac, la vision de sa chambre, ma médiocrité, la rupture à la va-vite, alors que je l'aimais encore.
Et tout à coup l'image de Pauline, m'offrant ce livre. Carte Chance.
Enfin, plus bas, je continue : "Edition 10/18, 12 avenue d'Italie, Paris XIIIe". Me voilà reparti, rue d'Italie, les coups de poings, ma course pour échapper à la meute, le rouge sur le dos de mes mains. Et de nouveau, sans m'arrêter, l'Italie, les pâtes de ma grand mère, Fante, les cours d'italiens, les Abruzzes, les églises de Florence, le pauvre maçon du Colorado, mon match de base-ball, la piazza Navona, la belle brune, la Porsche...
Retour à la mer et au calme. Demain il y aura sans doute du poisson, du sar, en sacrifice à Dionysos, pour midi et un gâteau, avec cinquante bougies pour mon père dessus.
"Pauline, Hiver 2008, Rue d'Italie, lu en 2009."
"Don't try", All-in, Home-run et carte Chance.


