Sunday, March 1, 2009

 La partie se termine. All-in. Il attend une quinte. Moi aussi. Les cinq autres joueurs sont au tapis.
Je gagne la mise et la partie avec finalement une paire de dix. Une chance insolente. Les as, les brelans et les quintes florissant sous mes doigts. Une vraie mane que ce soir-là. Cette baraka si soudaine n’est pourtant là que pour me rappeler qu’il faut savoir saisir les occasions de remonter la pente, je veux dire au sens du vouloir-vivre, à la lumière du pessimisme dont je me reconnais dépendant.
  Je ne sens plus mon nez et mes côtes sont douloureuses. Les yeux des passants, des infirmiers et autres docteurs se rivent sur mon visage, les rendant terriblement nerveux, si ce n’est méfiant à mon égard. Je leur explique. Je refais le scénario. Je répète encore, je suis innocent. Mon ami n’est pas un repris de justice et les bagarres ne sont, pour lui comme pour moi, qu’images de cinéma.
  Changeant mots et expressions, j’invente peu à peu un nouveau récit, une nouvelle histoire qui ne semble pas m’appartenir et pourtant, c’est bien le sang s’échappant de mes narines que je revois recouvrant le goudron.
  Après une nuit agitée, rêvant encore et encore que je tombe, de milles façon différentes, dans des ravins, des escaliers, des chemins, de la boue, je me dirige avec un air déterminé vers ma bibliothèque, repensant à cette américaine aux accents brésiliens que j’envoya littéralement sur les roses, sentant le vent changer radicalement de direction et gonflant la grand-voile. J’attrape alors, sans réfléchir directement aux conséquences d’un tel acte, “Les compagnons de la grappe” de John Fante. J’ouvre.
Je lis le verso de la couverture : “Lundi 12 juillet, Fnac, avec Elsa, 1993, lu en août de la même année.” La date me rappele alors la première fille que j’eue embrassé, en colonie de vacances, à la frontière allemande, vers Strasbourg, les fougères et les grins de beauté sur sa peau blanche. Puis la vision d’elle, enceinte, alors que je la croisais dans une rue, me vient immédiatement à l’esprit et me dégouta. Ensuite la Fnac, lieu où je feuilletais pour la première fois “Mon chien Stupide” de l’auteur de “La route de Los Angeles”. Puis, Elsa, son pull “vert”, sa recherche, le rendez-vous dans ce bar de La Plaine, mon estomac, la vision de sa chambre, ma médiocrité, la rupture à la va-vite, alors que je l’aimais encore.
Et tout à coup l’image de Pauline, m’offrant ce livre. Carte Chance.
Enfin, plus bas, je continue : “Edition 10/18, 12 avenue d’Italie, Paris XIIIe”. Me voilà reparti, rue d’Italie, les coups de poings, ma course pour échapper à la meute, le rouge sur le dos de mes mains. Et de nouveau, sans m’arrêter, l’Italie,  les pâtes de ma grand mère, Fante, les cours d’italiens, les Abruzzes, les églises de Florence, le pauvre maçon du Colorado, mon match de base-ball, la piazza Navona, la belle brune, la Porsche…          
  Retour à la mer et au calme. Demain il y aura sans doute du poisson, du sar, en sacrifice à Dionysos, pour midi et un gâteau, avec cinquante bougies pour mon père dessus. 
  “Pauline, Hiver 2008, Rue d’Italie, lu en 2009.”

“Don’t try”, All-in, Home-run et carte Chance. 

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Thursday, June 26, 2008

But what has become of the Nautilus? Did it resist the pressure of the maelstrom? Does Captain Nemo still live? And does he still follow under the ocean those frightful retaliations? Or, did he stop after that last hecatomb? Will the waves one day carry to him this manuscript containing the history of his life? Shall I ever know the name of this man? Will the missing vessel tell us by its nationality that of Captain Nemo?
  I hope so. And I also hope that his powerful vessel has conquered the sea at its most terrible gulf, and that the Nautilus has survived where so many other vessels have been lost! If it be so- if Captain Nemo still inhabits the ocean, his adopted country, may hatred be appeased in that savage heart! May the contemplation of so many wonders extinguish forever the spirit of vengeance! May the judge disappear, and the philosopher continue the peaceful exploration of the sea! If his his destiny be strange, it is also sublime. Have I not understood it myself? Have I not lived ten months of this this unnatural life? And to the question asked by Ecclesiastes 3,000 years ago, “That which is far off and exceeding deep, who can find it out?” two men alone of all now living have the right to give an answer - CAPTAIN NEMO AND MYSELF.”

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Thursday, May 29, 2008


ENCAISSE

L’antre de la plèbe, cache-poussière reconnu,
Au son de l’artifice de ses lois morales déchues,
Entre au rythme cahoteux de la fierté
Dans mon âme pleine de ces recoins d’équilibre.

Comme révée, une brise mène mon supplice à jour.
Elle le recouvre de ses fraîches traces de lutte,
Dans un silence des plus horriblement fraternel,
Tel un porte-à-faux couvert d’épanchements ridicules.

Le rayon de l’empathie qui avale la mémoire,
L’équité qui noie la poésie dans son bain,
L’invisible frontière qu’il ne faut dépasser,
La littérature à bout de souffle.

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Monday, April 7, 2008

“[...] Si nous reprenons à propos de Camus l’expression d’« humanisme athée », ce n’est pas dans la perspective, qui fut celle de Henri de Lubac, de comprendre cet humanisme comme un « drame », mais pour en dégager les fondements dans leur force. Nous avons bien conscience que ce qualificatif athée, qui recouvre des formes très diverses d’athéisme, ne rend compte ni de la complexité, ni de la richesse de la position de Camus. Tout au long de son œuvre, l’athéisme ne laisse pas d’être une question pour lui. Mais il nous faut bien recourir à ce terme, certes général, qui qualifie toutefois encore assez clairement une position se définissant explicitement contre une conception de Dieu, quitte à préciser aussitôt la nature et le sens exacts de ce terme dans lequel nous voyons avant tout une convention verbale.
Faisons d’abord deux remarques. Premièrement, l’idée de Dieu contre laquelle Camus s’inscrit en faux n’est pas indéterminée. Pour lui, comme pour Nietzsche — dans le sillage duquel il se situe explicitement —, il s’agit de l’idée « chrétienne » de Dieu, telle qu’elle a prévalu dans la culture occidentale.[...]“

L’humanisme athée de Camus
Article à lire en entier ici

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Sunday, March 30, 2008


PRESENTEZ… ARMES !


Je m’impose à la vue un passé mobile, fuyant comme à l’entrée du train en gare. Là-bas, au loin sous le feu de la mitraille, j’ai travaillé plus qu’il n’en faut le silence. Oh Saint-Jean-de-Malte, je sues sans trop y croire ! Eléonore, ma reine, ayez pitié ! Je sais mon droit ! J’abdique ! Ici même !

Je suis coupable ! Je le confesse ! J’ai joué ! Je n’ai rien de nocturne !

L’illustre père ne doit être blâmé pour sa lâcheté. Tout est si vieux et lointain. L’époque ne si prête plus. Ecoutez-moi plutôt : je l’ai vu ici, dans sa forme ancienne la plus pure. Mon ancêtre. Fier et corrompu. Lucide. Il s’en aurait fallu d’une goutte de plus pour que je sois cela. J’ai su me taire face à sa jeunesse grâce au poids de sensations anciennes, vies largement épuisées.

Croyez bien que mon autre ne m’importe guère.

Admettons la durêté, l’essentielle. L’ombre d’Oedipe ne nous guette point ! Mais les ramifications de sa morale, la tendresse envers le culte, malgrès l’absence de preuves, subsiste.

N’en doutons pas, la folie se portera bien tant que “la mémoire n’aura aucun devoir”*.

Laissons courir les mensonges utilitaires.

*Bergson

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Friday, February 29, 2008

[...]

Des visions de croix sont évoquées dans de nombreux témoignages de personnes ayant absorbé du peyotl ou de la mescaline :

 ”Un dessin de croix se présentait avec une fréquence toute particulière et la plus grande diversité. Sans cesse, des lignes centrales de la croix se détachaient vers les côtés des ornements onduleux comme des serpents ou dardés comme des langues mais qui gardaient la rigueur de leurs lignes.” 

 Lewin cite notamment le cas d’un homme qui aurait vu le Christ alors qu’il s’était adonné à la mescaline :

 ”En fin de psychose. un homme voyait, les yeux ouverts, des oiseaux verts et rouges et, quand il les fermait, des jeunes filles vêtues de blanc, des anges, la sainte Vierge, Jésus-Christ en bleu ciel.

 On voit comment un amalgame peut être fait entre cette vision de croix - symbole central des croyances amérindiennes où il est associé au soleil - et, pour un esprit occidental, la croix chrétienne, où parfois apparaît le Christ.
 Le Rite du Peyotl fut écrit en 1943, c’est-à-dire sept ans après le voyage d’Artaud dans la Sierra Tarahumara. On voit mal a priori comment on pourrait expliquer un tel revirement de l’écrivain après toutes ces années. En effet, il y a peu de choses en commun entre la description d’un rite profondément païen par un esprit aussi anti-chrétien que l’Artaud des années trente telle qu’on peut l’apprécier dans La Danse du Peyotl et le ton excessivement mystico-chrétien du Rite du Peyotl écrit à Rodez en 1943. On pourrait avancer l’hypothèse que ces visions qu’il a eues en 1936, Artaud les a réinterprétées des années plus tard, alors qu’il était, selon ses termes, “empoisonné”, envoûté “par la prêtraille profitant de sa faiblesse momentanée”. Au milieu de son “délire”, ces croix se sont faites chrétiennes :

 ” … La lutte ente le Mal et Dieu n’est pas encore finie et pour qu’arrive le Règne de Dieu sur terre il faut être chaste- […] Car les choses sont faites par le soleil et comme lui, et elles sont faites comme ceci”, m’ont dit ces prêtes avec des signes des bras et du corps qui constituent les attitudes de Danse Religieuse les plus extraordinaires que j’aie jamais vues.
 Parmi ces signes il y avait le Signe de la Croix tel que les catholiques le font mais il y en avait une inanité d’autres.

[...]

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Saturday, February 9, 2008


Et toi antique repos
De célèbre corps ingénu
Rempli d’essence prosaïque
Par peur du souvenir
Tu noues les scrupules

Pourtant pas de refus de la perception
Les sens aux aguets dans des lieux clos
Ruines circulaires
Crimes oraculaires
Et respect du silence pour la parole

Le mal des enfants et l’inexpérience du rythme
Toujours et encore plus
Symboles noyés soudain dans le contact

Survivrons-nous assez longtemps pour éviter le dédoublement ?

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Friday, January 25, 2008

Episodes attentatoires au rationnement par la vanité.
Crépuscule d’une violence par la pudeur.
Le plus souvent la femme cherche conseil auprès du Diable.
Et l’homme croit parler à Dieu.
Mésentente universelle.
Vénus et ses attentions.
Amour et servage.
Le jeune puceau Rimbaud.


“Il y a de certaines femmes qui ressemblent au ruban de la Légion d’honneur. On n’en veut plus parce qu’elles se sont salies à de certains hommes.
C’est par la même raison que je ne chausserais pas les culottes d’un galeux.
Ce qu’il y a d’ennuyeux dans l’amour, c’est que c’est un crime où l’on ne peut pas se passer d’un complice. “


Charles Baudelaire - “Journal Intime”

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Monday, January 14, 2008

Disséquer le corps humain, c’est détruire sa beauté ; et pourtant, par cette dissection, la science arrive à y reconnaître une beauté d’un ordre bien supérieur et que la vue superficielle n’aurait pas soupçonnée.”


Ernest Renan

La vraie beauté est si particulière, si nouvelle, qu’on ne la reconnaît pas pour la beauté.”


Marcel Proust


Sommeil du jour.

Langueur des miroirs.

Conflits des poitrines.

~

L’infini lourdeur de la gaïté,
Pèse sur des images tracés,
Comme des cartes routières.

La Beauté est détenue,
Elancée en prédictions,
Comme la mort projète son ombre,
Sur les guerriers peu aguerris.

Serions-nous défigurés sans même le savoir ?

Hélas, oui ! Mon humble Apollon, ma charmante Vénus !
La noirceur de la beauté reste héritage.
L’essence, pure, se conquiert avec des masques.

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Wednesday, January 2, 2008

 ”Ma charmante, mon inoubliable ! Tant que les creux de mes bras se souviendront de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi. Je mettrai toutes mes larmes dans quelque chose qui soit digne de toi, et qui reste. J’inscrirai ton souvenir dans des images tendres, tendres, tristes à vous fendre le coeur. Je resterai ici jusqu’à ce que ce soit fait. Et ensuite je partirai moi aussi. ”

“Docteur Jivago”

“Personne ne fait l’histoire, on ne la voit pas, pas plus qu’on ne voit l’herbe pousser.”



Boris Pasternak

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